Catherine Warmoes, Hocus Pocus... Passe, 2020 in Xavier Duffaut TASCHE

Il ne s’agit ni de canulars, ni de tromperies pas plus de phénomènes hallucunatoires. Xavier Duffaut revêt son costume de magicien et, pour réaliser son dessein, choisit parmi les éléments du réel les objets du quotidien. Son projet désigne les traces particulières de la culture néo-libérale. Ce sont logos, emballages de friandises, packagings d’ordinateurs récents, publicités attirantes, t-shirts dont la customisation est multipliée, bannières, drapeaux, enseignes... Par des processus d’analyse et de modifications subtiles, il met à l’oeuvre la logique de la pensée et la nature de la « visualité ».
Abracadabra : la chose se transformera. Dans les réalisations de Xavier Duffaut, le signe de l’objet banal se laisse reconnaître mais n’apparaît pas comme à l’habitude. Sa signification est-elle maintenue? Parfois, seule une abstraction se laisse voir. L’artiste fait disparaitre l’information; il transforme l’écriture; il manipule et malmène les documents, cicatrices du temps. Il découpe et brule des photos, les reconstruit; il inverse les couleurs; il réinvente des objets déjà créés; il détourne des ready-mades et détruit sous nos yeux leurs copies. Les images sont opérées au scalpel, soigneusement passées en chirurgie pour nous émerveiller, pour nous surprendre. L’artiste par des glissements de sens soustrait le danger de l’image; il empêche la nécrose de s’y propager; il en retire la gangrène. Mais où est passée la chose à voir? Que faut-il y voir ? Le jeune savant joue de l’ambiguié et nous invite à nous questionner sur les mécanismes de la construction de l’image qui semble se réinventer. Xavier Dufaut est un habile illusionniste. Il rend perceptible l’objet de besogne*. Il réorganise les catégories et fait apparaître à notre imagination de nouveaux sens, une autre logique. Il nous rappelle que les objets tendent à se constituer en un système de signes à partir duquel s’élabore la consommation. A l’instar de Jean Baudrillard et par des stratégies fines, il nous propose des réalisations qui nous renvoient dans les mécanismes et les jeux complexes des modèles. Il joue d’images subliminales, non celles qui nous font acheter mais celles qui nous renvoient aux désastres de la pollution. L’astucieux artiste, emprunt d’aspiration et de craintes, nous plonge par ses pièges visuels dans les méandre du « star système » et nous guide, entre hommage et parodie, à revisiter les œuvres du XX ième siècle. Ce prestidigitateur de l’image brouille les pistes d’une chasse à nos habitudes. Il nous invite à participer à une traque adroite dont l’intention est d’entrer en résistance : défier nos réflexes, combattre nos usages et distinguer le vrai du faux. En un formidable tour de mains, par des stratégies de disparitions et de transformations, nous voilà préservés de l’aliénation et de la séduction de l’objet publicitaire.
Xavier Duffaut, cet enchanteur généreux, partage sa pensée profonde sur le monde d’aujourd’hui et ses valeurs, sans aucune escroquerie, ni arnaque, ni mirage.



Emilie Dufournet in Xavier Duffaut is Absent, 2018

Des formes simples, immédiatement compréhensibles. Des formes sur lesquelles on n'a pas l'habitude de s'attarder, auxquelles on est tellement habitués que notre regard glisse dessus sans même les voir. Et si on y prêtait à nouveau attention ? Si on décidait de voir comme pour la première fois ces formes, ces objets qui nous entourent constamment ? Et si on se laissait surprendre à y dénicher une certaine poésie, une sérénité inattendue ?

A mi-chemin entre fascination et défiance, Xavier Duffaut détourne les médias de masse – réseaux sociaux, objets imprimés publicitaires – et se les approprie d'une façon qui lui est personnelle : souvent intime, drôle, parfois profonde. Partager ces détournements fait partie intégrante du travail, que ce soit par la mise en réseau sur Facebook ou par la distribution dans divers lieux de ses monochromes noirs sous forme de flyers.

Dans les deux cas, on pourrait presque dire que le travail devient collectif tant la réaction de l'autre (par commentaire écrit ou en face à face) est importante. Xavier Duffaut cherche à entrer en contact avec les autres, à les rencontrer, sans aucune distinction. Toute interaction semble l'intéresser. L'incompréhension ne lui fait pas peur, au contraire, il l'explore. Il adopte assez naturellement une position humble, où l'artiste n'a pas l'ascendant sur le passant lambda ou le technicien, et où chacun peut apporter sa vision à l'autre. Pour trouver ce contact, il cherche à intriguer, à attirer l'attention sur quelque chose qu'on prend habituellement pour acquis, afin de faire se questionner sur quelque chose qu'on n'avait jamais remis en question – par exemple, les formes imprimées publicitaires et la façon dont elles nous sont imposées. Lorsqu'il diffuse des flyers noirs dans les rues commerçantes, Xavier Duffaut se réapproprie les techniques commerciales publicitaires en les vidant de leur utilité première. Il amène donc les passants à s'interroger et espère provoquer leurs questions et un échange. De plus, la distribution de ces flyers dans une rue commerçante lui permet d'atteindre un public bien différent de celui qui est présent dans les institutions muséales, et donc d'avoir des réponses inattendues à son travail, qui changeront aussi sa propre façon de le voir. Il a un véritable intérêt pour ce que le public peut en penser.

Son appropriation des possibilités offertes par Facebook est également très intéressante. Il y communique d'une manière qui lui est propre, en jouant beaucoup du côté cheap ou populaire de ce moyen d'expression, ainsi que de ses nombreux codes tacites de style d'écriture ou d'utilisation des images (photos, emojis, fonds créés par Facebook). Il use d'un second degré pince sans rire, touchant parfois à l'absurde, mais sans se départir d'une poésie de la banalité. Il n'hésite pas à s'approprier des noms d'artistes célèbres par exemple, à nouveau dans une volonté de ne pas faire de distinction entre un art pauvre et un art riche, entre ceux qui se revendiquent artistes et ceux qui ne le font pas.

Xavier Duffaut est sincère. Il montre sa fragilité, soit par courage, soit parce qu'il ne sait pas faire autrement. Il en joue, aussi. Il se donne à voir et à écouter à qui veut bien prêter attention, s'expose avec une honnêteté presque insolente. Mais ce regard sur lui-même n'est pas fermé ou narcissique, au contraire, c'est une ouverture sur l'extérieur. S'il se dévoile ainsi, c'est pour toucher l'autre et entrer dans un échange. Il essaie de comprendre le monde autour de lui et de l'appréhender par tous les moyens qu'il trouve, et c'est en cela que le rapport à l'autre est si important dans son travail.